Mercredi 5 novembre 2008
- Publié dans : Economies & alternatives - Par L'envol du Phenix
Emmanuel Todd : "Les Américains ont réalisé la plus grande escroquerie financière de l’histoire de l’humanité"
TODD Emmanuel
 
Pour l’historien Emmanuel Todd, l’élection de Barack Obama « redonnera quelques années de vie supplémentaires à l’empire ». Elle ne suffira pas cependant à restaurer l’autorité d’une puissance en voie de déclassement.

L’élection annoncée de Barack Obama sera interprétée comme une régénération de la démocratie américaine, affirme Emmanuel Todd. Suffira-t-elle pourtant à opérer les ruptures espérées ? Historien, démographe, auteur en 2002 d’« un « essai sur la décomposition du système américain », Todd ne cache pas sa perplexité. S’il accueille avec enthousiasme l’accession d’un président noir à la Maison-Blanche, il craint, dit-il, que l’événement ne s’inscrive dans un « processus de dislocation ».

Voilà six ans, vous dressiez le tableau d’un pays devenu « un facteur de désordre international ». Une élection de Barack Obama pourrait-elle modifier ce constat ?

Elle donnera dans un premier temps l’image d’une Amérique qui rebondit. Avec Bush, on a eu le pire des présidents - une sorte de Rantanplan, qui fait la guerre, qui par sa maladresse accélère la destruction de l’empire américain. Avec Obama, resurgit le visage d’une Amérique optimiste et dynamique. Une Amérique civilisée, à la politique étrangère plus raisonnable, qui aspire à se retirer d’Irak, qui ne veut pas déclarer la guerre à l’Iran. Une Amérique qui pourrait néanmoins rester aussi anti-russe que la précédente, les démocrates ciblant la Russie comme le seul véritable adversaire stratégique des Etats-Unis.

Dans le climat actuel de débâcle, de déroute financière et morale, et compte-tenu de la responsabilité inouie de l’Amérique dans le désordre du monde, la victoire d’Obama va permettre aux pro-Américains des pays occidentaux de dire que l’Amérique est redevenue merveilleuse. Elle redonnera quelques années de vie supplémentaires à l’empire.

L’accession d’un élu noir à la Maison-Blanche ne confirme-t-elle pas les mutations intervenues au sein de la société américaine ?

Il se produit des événements vraiment extraordinaires aux Etats-Unis. L’implosion du système financier et du mythe économique, d’un côté ; l’implosion de la structuration raciale, de l’autre. On comprend dans ces conditions que les Américains vivent dans une sorte d’état d’apesanteur. Cela dit, si l’affaissement du sentiment racial est évidemment une bonne nouvelle, le racisme aura vraiment disparu le jour où les électeurs n’attendront rien de particulier d’un président noir. Obama est un homme politique américain. Son discours est truffé des habituelles références aux valeurs religieuses. Il est entouré des personnalités issues de l’establishment démocrate - ces mêmes démocrates qui ont, plus nombreux encore que les républicains, voté les subventions au système bancaire.

L’élection de Barack Obama ne plaide-t-elle pas pour la vitalité de la démocratie américaine ?

Ce qui se passe est étrange, et paradoxal. Si l’on observe l’histoire des Etats-Unis, on constate en effet que le racisme n’est pas du tout un petit défaut de la démocratie blanche : il en est le fondement. Au départ, les colons anglais n’attachaient pas une grande importance à la valeur de l’égalité, que ce soit dans la famille ou ailleurs. Ce qui a permis alors d’assimiler des Européens d’origines très diverses, c’est la fixation de la différence sur les Indiens et les Noirs. Dans l’Amérique jacksonienne, le président était un héros des guerres contre les Indiens. Le racisme a été le moteur de l’émergence démocratique. Aujourd’hui, on assiste à l’avènement d’une ploutocratie irresponsable : la montée des inégalités constitue la dynamique fondamentale de la société américaine.

L’Amérique cesse d’être démocratique au sens économique du terme. Le racisme y est en baisse, mais la démocratie est malade. Elle pourrit sous nos yeux. Dès lors, j’ai peur que l’on tombe très vite de haut. Une partie de l’oligarchie est derrière Obama. Il a du reste ramassé plus d’argent chez les riches que McCain. Son élection sera interprétée comme une regénération de la démocratie américaine. J’ai quant à moi le sentiment qu’elle fait plutôt partie d’un processus de dislocation.

Les Etats-Unis comptent certaines des meilleures universités du monde. Ils attirent de partout les capitaux, les chercheurs, les entrepreneurs de la nouvelle économie. Ces atouts-là ne leur assurent-ils pas une place centrale dans la compétition internationale ?

Quelques universités sont en effet très bonnes. Mais la majorité d’entre elles est d’une médiocrité absolue. Sur le terrain de la production scientifique et technologique, les chiffres sont sans équivoque : l’Europe est redevenue le centre de gravité du monde. Ce sont les Européens qui savent construire les centrales nucléaires modernes, ou qui fabriquent des avions gros porteurs - même avec retard.

L’ouragan Katrina avait en 2005 constitué un premier moment de vérité. On a compris tout à coup que les Américains ne disposaient pas d’assez d’ingénieurs pour protéger les villes, ou les reconstruire. Je pense aussi que le conflit au Caucase a contribué au cours de l’été dernier à précipiter la crise financière. L’inexistence de l’Amérique a été perçue comme un moment d’atterrissage dans la réalité.

Il reste pour l’industrie américaine des secteurs porteurs. L’informatique, la Silicon Valley...

Si l’on songe à ce qu’étaient les Etats-Unis en 1945, il serait étonnant qu’il ne reste rien de leur puissance industrielle et technologique. Mais alors qu’ils étaient excédentaires dans tous les domaines, ils enregistrent aujourd’hui un déficit commercial de 800 milliards de dollars. La vitesse de régression est hallucinante, et elle n’épargnera pas l’informatique : l’Inde va bientôt porter l’estocade.

Le projet économique du candidat démocrate peut-il contrecarrer la dépression qui menace ?

Il n’a pas de programme économique. Au début de sa campagne, il a bien proposé quelques mesures protectionnistes, mais le déficit commercial est tel que le protectionnisme entraînerait dans une première période une baisse dramatique du niveau de vie.

Obama se confond avec son image. Or les difficultés américaines vont bien au delà d’une image. Pour le moment, le dollar tient, car à l’extérieur, des institutions, des gens riches, des Etats veulent que les Etats-Unis restent au centre du monde. Mais la situation ne changera pas : elle devrait même se dégrader encore. La question est maintenant de savoir comment, avec la fin de la mécanique des subprimes, on va donner aux Américains les moyens financiers de continuer à vivre aux frais de la planète.

Les Etats-Unis gardent une forte capacité d’influence sur les leaders d’opinion du monde occidental. Leur image est-elle en train de se troubler ?

L’Amérique, c’est une image. On ne peut en parler sans évoquer le cinéma, les scénarios de feuilletons télévisés, Hollywood. Il y a dans tout ce qui est américain un côté extraordinairement virtuel. Et voilà que par étape on voit émerger la réalité. Il sera en ce sens très intéressant de suivre l’évolution de l’opinion dans les oligarchies financières occidentales. Elles éprouvent un sentiment de solidarité avec l’Amérique. Mais elles viennent aussi de se faire plumer... Je n’aimerais pas être en ce moment un ploutocrate français de la sphère financière.

La notion d’« hyperpuissance » a-t-elle un sens pour vous ?

Dans le domaine militaire, le monde est déjà multipolaire. L’incertitude tient aux illusions que les Américains entretiennent encore sur eux-mêmes. Ils sont un peu comme les Russes, au moment de l’effondrement du communisme. Lorsqu’ une puissance de cette nature possède encore une armée, elle n’est pas à l’abri de réactions irrationnelles. Les Etats-Unis ont également perdu la place centrale qu’ils occupaient sur le terrain économique. Avec l’aventure des subprimes, ils ne viennent pas moins de réaliser la plus grande escroquerie financière de l’histoire de l’humanité. Autrement dit, ils ne sont plus dans ce domaine une hyperpuissance, mais compte-tenu de l’absence de régulation de l’économie mondiale, ils détiennent une « hypercapacité de nuisance ».

JEAN-FRANCOIS VERDONNET et OLIVIER BOT
TRIBUNE de GENEVE

* Emmanuel Todd vient de signer chez Gallimard « Après la démocratie ». ** Après l’empire. Essai sur la décomposition du système américain. Gallimard 2002. Folio actuel 2005.

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Lundi 13 octobre 2008
- Publié dans : Economies & alternatives - Par L'envol du Phenix
Oyé Oyé frères et soeurs de tous les peuples,

Prenez le temps de voir ces videos et vous regarderez la crise financière, les banquiers et les gouvernements d'un autre oeil


Cela rejoint également l'article Un autre regard sur l'Economie






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Mardi 23 septembre 2008
- Publié dans : Economies & alternatives - Par L'envol du Phenix

SCHECHTER Danny

Le monde retient son souffle.

 


Nombreux sont ceux qui savent, et les autres sont en train de le découvrir, qu'au cours de ce mois de septembre turbulent les Etats-Unis sont en train de connaître un 11 septembre financier, probablement pire que celui de 2001, tandis qu'une série de développements catastrophiques secouent notre système économique tout en envoyant des ondes de choc dans le monde entier. Des mots tels que « Armagedon » sont désormais prononcés même entre gens de bonne compagnie.

Imaginez que vous étiez une mouche lorsque le chef de la Federal Reserve Bank, Ben Bernanke, et le Ministre de l'Economie, Henry Paulson, se sont rencontrés à huis clos dans le bureau de la présidente du Chambre des Représentants, Nancy Pelosi. La réunion, sans précédant, fut qualifiée d'urgente.

Comme le décrit Michael Shedlock sur le site de Seeking Alpha Financial, ce fut un grand moment de vérité :

« Lorsque vous l'entendiez décrire la situation, vous aviez la gorge nouée », raconte le sénateur démocrate de New-York Charles E. Schumer.

Comme l'a dit vendredi le sénateur Christopher J. Dodd, démocrate du Connecticut et président de la commission de la Banque du Logement et de l'Urbanisme, lors de l'émission de la chaine ABC « Good Morning America » , les leaders du Congrès se sont entendus dire « que nous étions littéralement à quelques jours d'un effondrement complet du système financier, avec tout ce que cela implique ici et dans le monde entier ». M. Schumer ajouta, « C'était comme si l'Histoire était suspendue, comme si un moment était venu. » Lorsque M. Schumer décrivit la réunion comme « grave », M. Dodd le coupa. « Grave est loin du terme exact, » dit-il. « Nous n'avions jamais entendu de tels propos. »

Avant cette réunion, l'étendue exacte du désastre avait été cachée au Congrès et au peuple états-unien par un discours volontariste et des mensonges éhontés sur « les fondements de l'économie » qui étaient soi-disant sains. Et soudain, plus rien n'était sain. Le gouvernement annonça alors un plan de sauvetage. Samedi, l'administration Bush a déclaré qu'elle voulait 700 milliards de dollars pour le financer, mais que ce n'était peut-être qu'un début.

Le plan prévoit la création d'une nouvelle entité comme la RTC qui mit fin à la crise des années 80 en achetant et compensant les dettes douteuses et autres « actifs immobiliers », injectant des milliards pour soutenir les marchés financiers et de nouvelles consignes de la SEC (organisme chargée de surveiller les opérations boursières - NDT) pour empêcher les ventes à court terme de miner les valeurs boursières - une mesure soutenue par John McCain qui a transformé les « court termes » en épouvantails malgré les objections en première page du Wall Street Journal et de tous ceux qui ont la moindre idée du fonctionnement des bourses.

Barack Obama a jusqu'ici soutenu cette intervention majeure pour tenter de sauver les marchés, et qui pourrait coûter aux contribuables 1000 milliards de dollars ou plus, mais il veut aussi consulter les autres pays sur les mesures à prendre.

La majorité des media (US) ont ignoré les craintes exprimées à l'international alors que la crise se répercute dans le monde entier. La Chine a déjà qualifié la crise de « tsunami financier » et appelle à la création d'un nouveau système financier qui ne serait plus basé sur le dollar US.

Vendredi, les marchés étaient euphoriques et ont grimpé en flèche comme si la crise était passée. C'était plus de la « psychologie de marché » que du simple bon sens. Joe Nocera dans le New York Times était moins optimiste, comparant ces mesures à « une passe de la dernière chance » - lorsqu'un joueur lance le ballon loin devant dans les dernières minutes du match dans l'espoir que quelqu'un l'attrape. Il a aussi précisé que « en général, ça ne marche pas. »

Blogger Shedlock dit que ces mesures, au mieux, retarderont l'Armageddon mais qu'ils n'ont pas écarté le danger :

« Les interventions gouvernementales ne peuvent jamais empêcher un Armageddon financier. En fait, l'intervention du gouvernement dans les marchés libres garantit l'Armaggedon. L'Armageddon n'a pas été évité, juste retardé, au frais du contribuable. »

Nocera est d'accord, et conclut avec le genre de sous-entendu qu'on attend d'un journal de référence, « nous pouvons toujours espérer que le gouvernement ait la réponse, mais ce n'est probablement pas le cas. » Au temps pour tout cet optimisme, genre « problème résolu », qu'on a pu voir à la télé.

Autre chose qui est troublant est cette tendance des media à rejeter la responsabilité de la crise sur les « erreurs » commises par des prêteurs irresponsables et des emprunteurs irresponsables comme si leurs responsabilités respectives dans la crise s'équilibraient. leur conclusion est : puisque tout le monde est coupable, personne ne l'ést.

Ce raisonnement place sur le même plan, d'un côté, la famille Dupont qui a pris un prêt « subprime » après avoir été la cible de marchands peu scrupuleux qui leur ont garanti qu'il s'agissait là d'une bonne affaire et qu'ils ne pouvaient perdre, et, de l'autre côté, une puissante industrie qui savait qu'ils n'avaient pas les moyens d'acheter cette maison mais qui a persisté à financer son achat, tout en trichant sur les chiffres un peu par-ci, un peu par-là, pour ensuite présenter des montants surévaluées aux acheteurs et investisseurs du monde entier.

Depuis quand place-t-on sur le même plan des particuliers et des institutions ? L'acheteur a été trompé ; le prêteur et le marché mult-millionaire de Wall Street derrière ces courtiers sans scrupules ont sciemment exploité des gens qui n'avaient aucune idée qu'ils étaient les victimes d'une arnaque bien pensée et criminelle. Le FBI enquête sur certains de ces crimes. 400 arnaqueurs ont déjà été inculpés. Mais les média persistent à ignorer la cabale criminelle à l'origine de cette crise. Ils soutiennent le versement de la caution alors que personne n'a encore été emprisonné, comme s'ils ne savaient pas que Wall Street n'est pas simplement un centre financier mais aussi la scène d'un crime. Il n'est donc alors pas étonnant qu'un lecteur du New York Times ait appelé cette mesure de plan « Sauvons les Banquiers ».

La crise est loin d'être terminée.

Ecoutons l'économiste Nouriel Roubini dont la plupart des prévisions se sont révélées exactes.

Il prédit, selon le journaliste économique Felix Salmon, « des pertes de 2000 milliards de dollars de crédits, la nationalisation de la moitié du système bancaire US, des défauts de paiement, l'accélération de la baisse des prix de l'immobilier, un arrêt brutal de la consommation des ménages, une contagion globale, une récession, que sais-je encore. »

Roubini conclut :

« A ce stade, la crise du siècle ne peut plus être arrêtée. La seule lumière au bout du tunnel est celle du train financier et économique qui est sur le point de dérailler. »

Si vous croyez pouvoir faire confiance à cette Administration pour résoudre la crise alors qu'elle en a crée tant d'autres, réfléchissez y à deux fois. Alors bouclez vos ceintures car ça va secouer.

Danny Schechter est l'auteur du film IN DEBT WE TRUST (indebtwetrust.com), une mise en garde de la crise et vient de publier « PLUNDER : Investigating Our Economic Calamity » (Pillage : une enquête sur notre catastrophe économique)

Traduction VD pour le Grand Soir http://www.legrandsoir.info

ARTICLE ORIGINAL
http://www.globalresearch.ca/index....


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Jeudi 18 septembre 2008
- Publié dans : Politique et gouvernance mondiale - Par L'envol du Phenix
j'ai trouvé cette petite video :


Sarkozy a eu "une petite nuit"...
envoyé par Napakatbra

Et oui malgré la crise financière cela n'empêche pas notre président de garder son humour ravageur...

Que dire de plus sur cette crise ?

Certains prédisent depuis la crise des subprimes que l'on arrive à une crise systémique globale. Bref le système financier mondiale est en train de couler.
Les banques centrales ne font qu'atténuer ( contrôler ? ) la chute.
Les médias n'utilisent pas le mot, mais on assiste à des nationalisations dans le pays le plus ultra libéral
?!? Et la concurrence dans tout cela ?

Bref les pertes d'entreprises privés sont nationalisées et viennent gonfler les dettes publiques déjà largement indécentes. Les pertes des requins de la finance sont donc répercutés sur le porte monnaie du peuple.
Pile les gains sont majoritairement partagés par les investisseurs, face les pertes sont partagé au bon peuple...
Les banques fusionnent et c'est encore des économies d'échelle qui génèreront moins d'emploi.


Il se passe des choses graves dans le système économique mondial et le 13h de TF1 fait son premier titre sur les prénoms à la mode ?!?!? Allez continuer d'amuser la galerie, d'endormir le peuple en le divertissant, et de rendre son cerveau disponible pour la sainte consommation.

Attention à ce que ceux qui ont créé le problème ne soit pas ceux qui vont réagir pour nous imposer leur propre solution car le peuple sera de nouveau perdant.
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Jeudi 18 septembre 2008
- Publié dans : Economies & alternatives - Par L'envol du Phenix

LE MONDE | 18.09.08 | 13h12 • Mis à jour le 18.09.08 | 13h12

Les références à la crise de 1929 le prouvent : la planète financière est depuis quelques jours un bateau ivre dont plus personne ne tient le gouvernail.

En une semaine, le gouvernement américain a pris deux décisions stupéfiantes : la nationalisation des géants du crédit hypothécaire, Fannie Mae et Freddie Mac, pour la bagatelle de 200 milliards de dollars, puis le lâchage aussi spectaculaire de la banque d'affaires Lehman Brothers et la nationalisation de l'assureur AIG.


A moins de deux mois de l'élection présidentielle, la nationalisation de Fannie Mae et Freddie Mac était inattendue. Quelques jours auparavant, le secrétaire au Trésor, Hank Paulson, avait indiqué qu'il avait "un bazooka" dans la poche. Chacun en avait conclu qu'il ne souhaitait pas s'en servir. En faisant chuter ces titres en Bourse, les marchés en ont décidé autrement. Cette nationalisation n'est pas aussi illogique qu'elle en a l'air. Elle ne fait que confirmer qu'au royaume de la libre entreprise l'Etat est, contre toute attente, le garant en dernier ressort des crédits immobiliers.

Bien que cotés en Bourse, Fannie et Freddie disposent du statut extravagant de "government sponsored enterprises". A ce titre, elles bénéficient déjà de la garantie de l'Etat. Privatisation des gains et socialisation des pertes : qui dit mieux ? Comme le renflouement de la banque Bear Stearns en avril par le Trésor, la mise sous tutelle de Fannie Mae et Freddie Mac prouve qu'une parenthèse se ferme. Celle ouverte par la formule célèbre de Ronald Reagan en 1981 : "L'Etat n'est pas la solution, mais le problème." Malgré lui, George Bush a démontré plutôt l'inverse. Première leçon de la crise actuelle.

Quel que soit le futur hôte de la Maison Blanche, il devra repenser la réglementation du secteur financier. Au fil des semaines, la crise des subprimes est apparue comme le symptôme des excès de la finance. De l'attaché commercial chargé de vendre des crédits à la consommation à des Américains déjà surendettés au PDG de Wall Street, chacun semblait n'avoir qu'un objectif : s'en mettre plein les poches. Nommé en 2003 à la tête de la banque Merrill Lynch, Stanley O'Neil l'a menée au désastre au point que ce prestigieux établissement de Wall Street s'est fait racheter par Bank of America, dont le siège est au milieu des champs, en Caroline du Nord. Lors de son éviction en octobre 2007, cela ne l'a pas empêché d'empocher un chèque de 160 millions de dollars. Même chose pour Martin Sullivan, directeur général de l'assureur AIG, qui vient d'être nationalisé. Lors de son départ contraint et forcé, en juin, son conseil lui a octroyé 68 millions de dollars. A côté, le patron de Fannie Mae, qui, en juillet, s'est fait voter, alors que ses jours étaient comptés, un parachute doré de 14,1 millions de dollars, fait presque pitié.

Longtemps jugées excessives mais anecdotiques au vu des profits des établissements, ces rémunérations apparaissent aujourd'hui comme une des sources de la crise actuelle. "Les grandes banques d'affaires ont essayé à tout prix d'avoir des rendements très élevés pour justifier les rémunérations excessives des dirigeants. D'où le crédit de trop. Dans l'immobilier ou ailleurs", résume l'économiste Daniel Cohen. Au forum économique mondial de Davos, en janvier, le patron de la banque J.P. Morgan Chase, James Dimon, l'a reconnu : "Dans la finance actuelle, il faut être très courageux pour ne pas prendre un risque qui peut vous rapporter de l'argent." Comment justifier qu'en 2007, malgré la crise des subprimes, les primes accordées par les cinq premières banques américaines à leurs collaborateurs se soient élevées à 66 milliards de dollars ?

Au-delà du système de rémunération, c'est tout le fonctionnement du marché du crédit qui devra être repensé. Le transfert de créances à des investisseurs par le biais de la titrisation n'est pas condamnable en soi. Cette technique a participé à la croissance économique de ces dernières années. Mais quand l'outil devient tellement complexe qu'il accroît le risque au lieu de le réduire, le marché financier ne joue plus son rôle. Aujourd'hui, les autorités monétaires ne sont pas équipées pour contrôler de tels mouvements. Pour Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, il faut "un cadre plus solide pour la surveillance des règles prudentielles des banques d'investissement et des autres grands négociants de titres".

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"Nous traversons une crise mondiale en raison de déréglementations excessives", a renchéri Barney Frank, président (démocrate) de la commission des services financiers du Congrès. Davantage de régulation : c'est la deuxième leçon de la crise. Mais il faut se méfier des formules incantatoires. Pour être efficace, la régulation doit échapper à deux écueils : déboucher sur un excès de transparence qui augmenterait la volatilité - un peu comme les résultats trimestriels favorisent le court-termisme - ou sur une complexité accrue propice à encore plus d'innovations financières. Pour maintenant, nul n'a le remède miracle.

Une chose est sûre : les pouvoirs publics auront leur mot à dire. Il y a pourtant des limites à l'intervention publique. Il ne faut pas confondre bazooka et kalachnikov. L'Etat n'est pas disposé à jouer systématiquement les prêteurs en dernier ressort. Il n'en a pas les moyens financiers, et l'opinion ne le suivrait pas. Déjà, John McCain a jugé "nécessaire" mais "scandaleux" le sauvetage de Freddie Mac et Fannie Mae. La banque Lehman Brothers l'a appris à ses dépens.

Jusqu'à ces dernières semaines, les économistes (parfois salariés de banques) expliquaient que les grandes institutions financières étaient "too big to fail". Trop grosses pour échouer. Que leur faillite entraînerait une "crise systémique". Avaient-ils raison ? Hank Paulson semble en douter. A-t-il vraiment le choix ? On dit qu'une centaine de banques régionales sont en difficulté. Dans le cas de Lehman, le risque politique d'une intervention lui est apparu plus grand que le risque économique d'une non-intervention. En revanche, en sauvant AIG, quarante-huit heures plus tard, la Réserve fédérale (qui ne supervise pourtant pas les assurances) a montré que les autorités monétaires naviguent, elles aussi, à vue.

Too big to fail ? La conclusion de cette troisième leçon n'est pas écrite. Il faut espérer que l'histoire se termine bien, car, si l'on peut regretter les excès passés des banques, on aurait tort de se réjouir de leurs difficultés présentes. Tant il est vrai qu'on n'a jamais vu d'économie prospère reposer sur un système financier malade.

Courriel : lemaître@lemonde.fr.


Frédéric Lemaître (Editorialiste)
Article paru dans l'édition du 19.09.08

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Jeudi 18 septembre 2008
- Publié dans : Economies & alternatives - Par L'envol du Phenix


Le « sauvetage » d'AIG a-t-il sauvé l'Europe ?

Si la presse européenne souligne que l’épicentre de la crise financière et monétaire mondiale est aux Etats-Unis, elle cache systématiquement l’exposition des banques européennes à cette crise. Et pourtant, si l’on peut prétendre que le nuage des subprimes s’est arrêté à nos frontières, le tsunami de la titrisation et des dérivés a bien englouti toute la planète depuis deux décennies.

Bien que la Réserve fédérale ait décidé hier soir d’injecter 85 milliards de dollars dans l’American Insurance Group (AIG) prenant le contrôle de 80% de ses actions, les investisseurs estiment avec raison qu’une faillite du groupe aurait posé un risque systémique d’un niveau largement supérieur à celui de la chute de la banque d’affaires Lehman Brothers. Pourtant, Bernard Maris, cité dans Libération, estime que « contrairement au fonds LTCM, sauvé en 1998, Lehman c’est LTCM puissance 100… »

En effet, la mise en faillite d’AIG aurait posé de gros problèmes à la sphère financière. D’abord pour son impact immédiat sur l’économie réelle car une faillite aurait de lourdes conséquences pour l’Américain moyen qui lui a confié son assurance vie et ses plans de retraite. Les engagements auprès de ses 74 millions de clients s’élevaient à fin juin à 706 milliards de dollars.

Ensuite, la faillite d’AIG, dont le portefeuille d’actifs se chiffre à 846 milliards, aurait fortement déstabilisé le marché en tant que grand investisseur institutionnel. AIG a notamment vendu des protections (des produits « dérivés ») à des investisseurs, dont des banques, via des contrats d’échange de défaut (Credit Default Swaps ou CDS) pour un montant notionnel de 441 milliards de dollars de titres obligataires à fin juin, dont 58 milliards d’actifs subprime. Sur ces 441 milliards, 307 milliards couvrent des crédits aux entreprises et des prêts « prime ». Ces protections ont été vendues « à des institutions financières, principalement en Europe, dans le but d’alléger leurs contraintes en capital réglementaires », indiquait le groupe dans son rapport d’activité au 30 juin. Le directeur de Bank of America a déclaré qu’il ne connaissait pas « une grande banque qui n’ait pas d’exposition significative sur AIG ».

En bref, « le pragmatisme » de l’oligarchie financière se résume à un carnage au bord du Titanic pour s’accaparer des canots de sauvetage percés. Prisonnier de leur propre incapacité de changer la règle du jeu, chacun s’y voit obligé de négocier son pouvoir de nuire…

Dans cette logique, la faillite d’AIG, un groupe jugé too big to fail [trop gros pour sombrer sans entraîner le tout], a obligé la Réserve fédérale à intervenir pour remettre à plus tard l’explosion de tout le système financier mondial. Ce n’est la troisième fois depuis dix jours…

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Jeudi 18 septembre 2008
- Publié dans : Réflexions - Par L'envol du Phenix


LE MONDE | 17.09.08 | 14h45 • Mis à jour le 17.09.08 | 18h44

Le cadre est un homme heureux. Forcément heureux. C'est un privilégié, l'enfant gâté de l'entreprise. Il a un travail valorisant, dont il peut facilement changer puisqu'il risque moins le chômage que les autres salariés. Il a une bonne feuille de paye, négociée en kilo-euros annuels. Il a une place de parking, un abonnement à la salle de gymnastique et, dans l'espace détente, un canapé moelleux et une télévision branchée sur Roland-Garros. Les plus choyés ont un "concierge", factotum qui veille à résoudre le moindre souci matériel, du pressing à la baby-sitter.


De quoi se plaindraient-ils quand les ouvriers, les caissières, les opératrices de centres d'appels et autres smicards se voient minuter jusqu'à leur pause aux toilettes ? Ce serait indécent. Et mal vu. Alors mieux vaut clamer son enthousiasme et sa joie de vivre, au bureau, à la ville et sur son profil Facebook.

Alexandre des Isnards et Thomas Zuber connaissent bien cette "dictature du bonheur". Tous deux diplômés de Sciences Po, ils travaillent comme consultants, l'un dans une agence de communication spécialisée dans l'Internet, l'autre dans les systèmes d'information liés aux ressources humaines. Des métiers neufs, socialement clinquants, dans des entreprises qui ne connaissent pas la crise. A 34 et 35 ans, les deux cadres ont déjà baroudé dans la nouvelle économie. Ils en connaissent les codes, ont eux-mêmes joué la comédie, pratiqué la "positive attitude", par mimétisme, fayotage et instinct de survie.

Tout aurait été pour le mieux, la carrière prédessinée, n'eussent été ces courriels de démission qui tombaient de plus en plus régulièrement sur la messagerie générale. Des textes d'une violence inouïe, écrits par des cadres quittant la boîte du jour au lendemain, sans même les trois cacahuètes d'un pot de départ. "Le pire, c'est qu'il n'y avait aucune réaction de la part de la direction, comme si cela n'avait finalement aucune importance, n'existait pas", raconte Alexandre des Isnards.

Les deux hommes, qui se sont liés d'amitié lors d'un voyage au Chili, ont décidé de recueillir les témoignages anonymes d'autres jeunes cadres, à tout hasard. "Ça a été l'avalanche", assure Thomas Zuber. Deux ans après, en est sorti un livre, L'open space m'a tuer (Hachette Littérature, 212 p., 16,50 €). Dans une succession de saynètes, jouées dans le décor d'un plateau semé d'hommes et d'ordinateurs, les auteurs y décrivent l'envers du meilleur des mondes : la fausse convivialité qui enrobe des rapports humains impitoyables, l'apparente décontraction qui masque le stress.

Les nouveaux métiers dans la finance, l'Internet, la communication, le "consulting" ont amplifié ce mode d'organisation, de management humain. L'open space, ce bureau ouvert, devient finalement un lieu d'enfermement qu'on n'ose quitter sous peine d'être déconsidéré. Le jeune cadre devient alors un "no life" (sans vie sociale, hors d'un écran). Il est sans cesse "en mode projet", c'est-à-dire débordé par son travail, une "propale" (proposition commerciale) à "implémenter" (mettre en oeuvre). Et ce jusqu'au "burn out", la consomption du corps et de l'esprit.

Sciemment, les deux auteurs ont repris jusqu'à la nausée le jargon anglicisant, le "wording", qui emballe cette nouvelle forme de stakhanovisme importée de la Silicon Valley. Mais qui survit à cette débauche de franglais et de courriels patoisant envoyés par le "n + 1" (le supérieur hiérarchique immédiat) saisit les ressorts de ce lent broiement de l'être.

Cette rentrée éditoriale est marquée par d'autres livres sur le sujet comme Extension du domaine de la manipulation, de Michela Marzano (Grasset). Et c'est ainsi à chaque rentrée depuis quelques années, tant le sujet est brûlant.

Ces livres décrivent un monde impitoyable que connaît parfaitement le docteur Bernard Salengro, 61 ans. Ce médecin du travail a vu monter ce qu'on appelait pudiquement, au milieu des années 1970, le "malaise des cadres". "Moi, je venais du milieu du bâtiment, raconte-t-il. C'était un milieu dur mais où jouaient les solidarités, l'esprit d'équipe, le sentiment du travail accompli. Il n'y avait pas de suicide. Je ne comprenais pas de quoi se plaignaient ces gars sapés comme des milords, les pieds dans la moquette épaisse, avec le siège inclinable, le chaud et le froid comme ils voulaient. Mais, en les écoutant, je sentais monter une souffrance psychique, un besoin d'écoute."

Membre de la Confédération générale des cadres, le médecin décide au milieu des années 1990 de lancer dans la revue du syndicat un appel à témoignages. "C'était juste deux lignes. Nous avons reçu en retour quinze sacs postaux. Un sondage que nous avons commandé à la Sofres a confirmé l'ampleur du phénomène. Plus de la moitié des cadres étaient concernés par le stress." L'expert a vu les indicateurs s'emballer, le mal-être virer à la souffrance mentale, mais aussi physique, soignée à grands coups de médicaments.

Devenu secrétaire national de la CFE-CGC, le docteur Salengro a fait de cette épidémie son combat syndical. Il a écrit deux ouvrages sur le sujet (Le Stress des cadres et Le Management par la manipulation mentale, L'Harmattan 2005 et 2006). "Il faut savoir qu'aux Etats-Unis, le stress est la première maladie professionnelle avec les troubles musculo-squelettiques", assure-t-il. Et n'allez pas lui vanter ces start-up qui se veulent des secondes familles. "Ce n'est pas parce que vous avez le droit de monter votre vélo au bureau que c'est plus détendu. C'est un piège à cons."

François Dupuy, enseignant à l'Institut européen d'administration des affaires (Insead) et auteur de La Fatigue des élites (Seuil 2005), constate également ce marché de dupes et un dévoiement du sens des mots. "On utilise aujourd'hui un vocabulaire positif. On parle de structure projet, de "transversalité", de coopération. Mais ces jolies notions cachent des situations de dépendance très dures. Même l'open space n'est que la structuration dans un lieu de cette dépendance."

Les nouveaux outils de travail ne sont pas sans perversité, comme le constate Charles-Henri Besseyre des Horts, enseignant à HEC et auteur d'un livre sur le nomadisme technologique (L'Entreprise mobile. Comprendre l'impact des nouvelles technologies, Editions Pearson, 210 p., 20 €). "Les possibilités infinies de se connecter sont créatrices de liberté, constate le chercheur, interrogé depuis Pékin via Skype, tard le soir. Mais, dans la course effrénée à la performance, avec des clients de plus en plus pressés, elles créent également des contraintes énormes. Il devient normal de pouvoir répondre à un client ou à un patron à 23 heures, un dimanche." Le spécialiste constate ainsi une véritable addiction de certains cadres aux BlackBerry, ce téléphone multifonctions, fil à la patte qui abolit les distances et les décalages horaires.

Bilan humain : à France Télécom, une récente enquête interne a démontré que 66 % du personnel se disait "stressé" et 15 % "en détresse". "La pression mise sur le salarié est institutionnalisée, constate Pierre Gojat, cadre syndiqué dans l'entreprise. C'est un outil pour pousser les gens dehors, pour qu'ils partent "seuls" puisqu'on s'interdit le licenciement." L'homme, âgé de 51 ans, en sait quelque chose : après avoir été ballotté d'une place à l'autre, il est aujourd'hui sans poste. "Trop cher, trop vieux, trop compétent, trop syndiqué", résume-t-il.

La société a réduit de 22 000 le nombre de salariés en trois ans. Les objectifs globaux du siège sont morcelés, en redescendant la hiérarchie.

"Tel chef reçoit la consigne de finir l'année avec 20 personnes en moins. Bien sûr, il n'est pas responsable. Il le dit : il applique les directives qui lui sont imposées. Du coup, le cadre dans le collimateur se retrouve face à un adversaire invisible."

La plupart des personnes interrogées par Le Monde évoquent surtout "la perte de sens" de leur métier. "C'est le rat dans sa roue qui tourne, tourne sans cesse", résume Alexandre des Isnards. Le vocabulaire abscons, pioché outre-Atlantique et parfois francisé à la va-comme-je-te-pousse, ne fait qu'habiller cette vacuité. "Le jargon permet d'aller plus vite ou d'intégrer une sorte de confrérie, avec son propre vocabulaire, constate Pierre Gojat. Mais, dans le cas de figure, il sert surtout à masquer le vide des concepts et de la pensée. L'anglais permet d'enrober d'un vernis de sérieux des formules puériles, infantilisantes." "Le cadre était en communauté d'esprit avec l'employeur, estime le docteur Salengro. C'est fini. Il n'y a plus de communauté d'esprit parce qu'il n'y a plus d'employeur. Avant, on était chez Michelin, chez Peugeot, chez Tartempion. Aujourd'hui, de fusion en acquisition, on est vendu et revendu sans cesse."

N'ayant plus forcément foi dans l'entreprise, le cadre recherche d'autres valeurs. A la Défense, au pied du CNIT et des tours de bureaux, l'église Notre-Dame-de-Pentecôte est de plus en plus fréquentée. Dès l'ouverture, à 8 heures, des dizaines de personnes viennent prier. La messe du mercredi midi accueille 250 personnes, dont une partie restent ensuite et partagent un repas empreint de convivialité.

Perte de sens, perte de prestige aussi. "Le cadre a de moins en moins vocation à l'encadrement", constate François Dupuy. L'agent de maîtrise, le col blanc responsable d'une équipe, l'ingénieur, détenteur d'un savoir distillé aux ouvriers, tendent à s'effacer devant le cadre sans troupe, "responsable" ou plutôt exécutant d'un projet. Il est surveillé par une hiérarchie multiple, régie de manière régionale et par branche, cerné, en vertu d'organisations dites "matricielles".

Même les salaires s'en ressentent. "En vingt ans, la différence de traitement entre un cadre et un ouvrier qualifié est passée de 5 à 2,2", explique François Dupuy. Les délocalisations, qui touchent désormais les cadres, notamment dans le secteur de la recherche et développement, tirent les négociations salariales vers le bas. "Le cadre souffre surtout d'un manque de reconnaissance, estime Christophe Bignier, responsable d'achat à 3M France et élu au comité d'hygiène et de sécurité de son entreprise. Il n'y a jamais de remerciements. Atteindre les objectifs est normal. L'année suivante, on les augmente. C'est toujours plus."

Telle entreprise qui dégage 15 % de marge a décidé de porter l'objectif à 24 %, afin de rivaliser avec les performances de la filiale allemande. Elle a mis en place un guide à l'attention des hiérarques, baptisé "leadership attributes", long pensum sur la manière de faire fonctionner une équipe et d'adhérer à l'esprit d'entreprise. Un système de notation a également été mis en place. Deux mauvaises années donnent l'obligation de suivre un plan de rattrapage. Encore cette société a-t-elle la bonté d'offrir une deuxième chance... Elle a également signé un avenant avec la mutuelle des salariés, permettant aux cadres de suivre des heures de psy, à raison de douze séances gratuites.

La pression se généralise dans l'encadrement. Les spécialistes en "consulting", tueurs de coûts patentés, s'embauchent dans les grandes entreprises et y développent des nouvelles et pas toujours bonnes manières. Des modèles de gestion paternaliste comme la Caisse d'épargne ont ainsi modifié leurs habitudes. "D'une structure familiale, on est passé à une entreprise impersonnelle, explique Régis Wolf, 56 ans, responsable de cette banque, à Metz. Nous recevons des formations pour être plus performants. Ceux qui ne suivent pas sont orientés vers d'autres postes."

La pression gangrène par capillarité toute la hiérarchie. C'est la fable du stressé stresseur. Avec ce sentiment d'un monde kafkaïen où on ne sait plus qui décide, qui contrôle. Dans ce nouveau rapport de forces, "le seul gagnant est l'actionnaire", constate le docteur Salengro. La valeur du capital ne cesse de croître au détriment de celle du travail. Ce qu'analyse François Dupuy : "Pendant les "trente glorieuses", les produits étaient rares et convoités par les acheteurs. L'actionnaire avait fait alliance avec le salarié contre le client. Avec la mondialisation, les produits sont plus disponibles : l'actionnaire a donc décidé de faire alliance avec le client contre le salarié. Or le cadre, c'est le salariat de confiance. Il se situe à ce point précis où peut s'exercer la pression."

"Le stress est productif, mais trop de stress peut être contre-productif", estime Charles-Henri Besseyre des Horts. Sollicitée à l'extrême, la personne entre en révolte. Du "mode projet", elle passe au "mode protection" : elle sort le bouclier. On constate alors une forte hausse de l'absentéisme. Le taux de syndicalisation des cadres est aujourd'hui supérieur à celui des ouvriers. Au siège de 3M, 13 étages plantés à Cergy, le pourcentage d'arrêts de travail est plus important que dans les usines du groupe. Dans Quand les cadres se rebellent (Vuibert, 180 p., 18,05 €), paru le 28 août, les sociologues David Courpasson et Jean-Claude Thoenig détaillent les multiples formes que peut prendre cette entrée en résistance, du refus de la promotion à la démission brutale.

Le cadre n'hésite plus à manifester. "Ils ont de moins en moins de scrupules à saisir les tribunaux", explique Christian Depeyrot, juge depuis six ans au tribunal des prud'hommes de Carpentras. Défilent des êtres parfois brisés qui évoquent à la barre les mille et une formes du harcèlement.

La déprime peut aller jusqu'au geste fatal. La vague de suicides survenue au Technopole Renault de Guyancourt en 2006-2007 a révélé jusqu'où pouvait pousser le désespoir. "La violence ultime, ce n'est pas le suicide, constate Christophe Bignier. La violence ultime, c'est tourner l'arme contre son patron ou ses collègues. C'est un phénomène que ne nous ne connaissons heureusement pas en France, mais qui se rencontre aux Etats-Unis."

Bernard Salengro se veut optimiste. Il observe que les entreprises américaines, qui ont exporté leurs méthodes de management et sont aujourd'hui confrontées à un vertigineux turn-over, tentent aujourd'hui d'en corriger les excès. "Les entreprises cotées au Nasdaq qui progressent le plus en Bourse sont aussi celles qui affichent le plus la lutte contre le stress", assure le médecin. Si de nombreuses sociétés sont encore dans le déni, le Medef s'interroge. Le syndicat patronal pose les questions qui fâchent : "L'entreprise est-elle fair-play ?", ou encore "Comment reconquérir les cadres ?" Le Medef a signé avec les partenaires sociaux, en juillet, un accord sur le stress dans le travail, prévoyant la mise en place d'alertes. "L'entreprise doit savoir renouveler sa manière d'investir le capital humain", estime Charles-Henri Besseyre des Horts. Mais on semble encore loin de la réconciliation entre le cadre et l'entreprise.

Benoît Hopquin
Article paru dans l'édition du 18.09.08


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Jeudi 18 septembre 2008
- Publié dans : Réflexions - Par L'envol du Phenix
Voilà plus de 3 mois de silence sur ce blog...
Une vague impression de déjà vu, de déjà commenté m'a envahi.
Ajoutez à cela quelques semaines de congés puis une période d'inactivité professionnelle déstabilisante.



La rentrée des enfants est déjà loin derrière nous et je reviens aux affaires en pleine période de tempête boursière.
Beaucoup de bonheur familial à venir va me permettre de garder les pieds sur terre et le coeur en fête face aux incertitudes professionnelles, économiques et géopolitiques.

Le rythme de publication sera moindre mais j'espère de meilleure qualité.
Je vous souhaite bonnes lectures et n'hésitez pas à laisser vos commentaires.


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Vendredi 6 juin 2008
- Publié dans : Politique et gouvernance mondiale - Par L'envol du Phenix
Si Nicolas Sarkozy fait la une des journaux, il fait aussi fréquemment la une des sites de vidéo en ligne. En une année à l'Elysée, le Président a multiplié les séquences vidéo inoubliables.

Retour sur un an de sarkozysme audiovisuel: voilà notre top 10 des frasques de Nicolas Sarkozy, du vol de stylo en Roumanie à l'inévitable «Casse toi pov' con» du Salon de l'Agriculture.


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Vendredi 6 juin 2008
- Publié dans : Economies & alternatives - Par L'envol du Phenix

 

"Récolter les fruits" de la hausse des prix agricoles: c'est ce que proposent la Deutsche Bank et d'autres instituts par le biais de placements financiers. Une attitude dénoncée par Attac à l'heure où la crise alimentaire touche de plein fouet les pays pauvres.

Deutsche Bank avait lancé il y a quelques semaines une campagne publicitaire dans la ville de Francfort (ouest) où elle a son siège: "Vous réjouissez-vous de la hausse des prix?" alimentaires, pouvait-on lire sur des affichettes distribuées dans les boulangeries et vantant son offre de placements dans ce domaine.

Mais elle a été de courte durée. Confrontée aux protestations de l'association altermondialiste, Deutsche Bank les a retirées de la circulation. Son patron, Josef Ackermann, s'en est même excusé lors de l'assemblée générale fin mai.

Car l'argumentaire de Deutsche Bank, "récolter les fruits d'une possible augmentation des prix des produits agricoles", ne passe pas pour Attac, alors que la flambée des prix menace de famine des populations dans les pays pauvres et que la question a inquiété les responsables de la communauté internationale réunis à Rome lors du sommet de la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l'Agriculture).

"C'en était trop", s'indigne Jutta Sundermann, porte-parole de la section Attac à Francfort.

Le président de l'Eurogroupe, qui regroupe les ministres des Finances de la zone euro, s'en est pris récemment aux spéculateurs sur les marchés des matières premières agricoles, accusés de contribuer à l'envolée des prix. Le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker les a qualifiés de "criminels" et de "rapaces".

Du coup, face aux critiques, les banques qui proposent à leurs clients de placer leur argent dans ce secteur se montrent discrètes. Les suisses Credit suisse et UBS, la française BNP Paribas ou encore l'allemande Commerzbank proposent des produits liés aux produits agricoles. Leur nature est toutefois très variée, certains placements étant hautement spéculatifs, d'autres non, destinés aux investisseurs institutionnels ou aux particuliers.

Chez BNP Paribas, on fait valoir que le placement proposé n'est pas spéculatif, chez Deutsche Bank on souligne la faiblesse des volumes concernés, 500 millions d'euros.

Mais la tendance est à la hausse. "L'offre des banques pour ce type de produits a beaucoup augmenté depuis la mi-2007", constate Jutta Sundermann. Un avis partagé par l'analyste de LBBW Sven Streitmayer. Il y a "une tendance à la hausse, mais (ces offres) représentent toujours une très petite part du marché global", estime-t-il, en l'absence de données chiffrées sur le sujet.

Le volume des produits dérivés liés aux matières premières au sens large (agricoles, mais aussi métaux, pétrole...) a explosé des dernières années, représentant 9 milliards de dollars fin 2007 contre 5,4 milliards fin 2005, selon lui.

Deutsche Bank se défend de faire de l'argent sur la misère humaine. La hausse des prix alimentaires s'explique avant tout "par une forte augmentation de la population mondiale, un changement des habitudes alimentaires et en même temps, une réduction des surfaces agricoles", liée en partie à l'essor des biocarburants, rappelle un porte-parole.

Pour Ralph Stemper, en charge des produits dérivés chez Commerzbank, ces critiques sont "un non-sens". "L'investisseur décide seul des produits qu'il achète", fait-il valoir.

M. Streitmayer estime pour sa part que "les investisseurs ne tirent pas les prix à la hausse", du moins pas sur le moyen terme. A court terme en revanche, l'effet peut jouer mais "il ne se laisse pas quantifier", selon lui.

"Nous examinons" encore la part jouée par la spéculation dans la hausse des prix, ajoute sa collègue Eliane Tanner d'UBS.

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