L’Iran, la France et l’alignement sur l’OTAN
| L’Iran, la France et l’alignement sur l’OTAN par Jacques Cotta | |
| Mondialisation.ca, Le 4 octobre 2007 | |
| Dimanche 16 septembre, Bernard Kouchner était invité à exprimer la position de la diplomatie française sur la situation iranienne. Autopromu chef d’état major sur le champ des opérations médiatiques, le ministre indiquait au micro de RTL : « la France doit se préparer au pire ». Silence étonné du journaliste qui après un bref instant se risque : « Le pire... ». Réponse du tac au tac : « la guerre monsieur ! ». Le mot est lâché. Dés lors, une double dynamique qu’il faut analyser semble bel et bien engagée. D’une part un alignement de la France sur une politique atlantiste derrière l’OTAN, d’autre part des menaces de guerre sérieuses dont les effets seraient à n’en pas douter dévastateurs. Le lendemain de sa déclaration guerrière, le ministre des affaires étrangères a tenté de Moscou où il était en déplacement de recadrer ses propos. Il n’était plus question que de « négociation sans relâche » ou encore de « travailler à des sanctions crédibles ». Ainsi donc, la veille en parlant de « guerre », Bernard Kouchner se serait laissé emporter, aurait commis un écart de langage, n’aurait pas été compris. La voix de son maître En réalité, les propos de Bernard Kouchner s’inscrivent dans une série de déclarations en cascade qui ne laissent aucun doute sur le caractère réfléchi des termes employés. Le mot « guerre » dans la bouche du chef de la diplomatie française n’est ni innocent, ni gratuit : L’administration Bush se félicite de la fermeté française. Le régime des Mollahs dénonce un manque de crédibilité de la France dans son alignement sur les Etats-Unis. Et les autorités françaises persistent et signent. Les similitudes avec la situation qui a précédé les bombardements et l’invasion de l’Irak n’ont rien d’imaginaire. Le chef de l’état et ses ministres voudraient se conduire tels des poissons pilotes de l’aile la plus radicale qui existe au sein de l’administration américaine qu’ils ne feraient pas mieux. Sarkozy - Kouchner - Fillon : dans le camp des ultras ! Depuis 2003, depuis le déclenchement de la guerre en Irak, la situation a évolué. La volonté guerrière ne fait plus l’unanimité au sein de l’opinion publique et de l’administration américaine comme c’était le cas au lendemain des attentats contre les « twin towers ». En 2003 en effet le parti de la guerre embrassait la position officielle de Washington. Aujourd’hui, ce sont les extrémistes de l’administration Bush qui s’affirment comme des va-t-en guerres jusqu’auboutistes. La situation catastrophique créée par l’invasion de l’Irak, les milliers de GI’s qui y ont perdu la vie, l’échec de la guerre « du bien contre le mal » conjugués à la crise économique que les subprimes remet à l’ordre du jour a entraîné un revirement de l’opinion américaine. La grève qui aujourd’hui -première depuis les années 70- s’est déclanchée dans le secteur de l’automobile contre les délocalisations, indique le niveau de combativité et de conscience qui existe au sein de la classe ouvrière américaine. C’est à cela que l’administration Bush doit faire face, et c’est contre cela que la question de la guerre iranienne est dressée par une partie de l’entourage du président américain. Dans ce contexte, la prise de position de Nicolas Sarkozy et de ses ministres, plus qu’un soutien à l’administration et à son ami Bush, doit être compris comme un appui direct à ce qu’il y a de plus extrême outre atlantique. Curieusement la situation est symétriquement identique à Téhéran. Au sein du régime des divisions existent sur le bras de fer engagé par le président Ahmadinejad avec les inspecteurs de l’ONU ou la diplomatie internationale. C’est pourtant lui, un illuminé et antisémite avoué, membre d’un mouvement apocalyptique de fous messianiques, nullement représentatif de la société iranienne, que les déclarations de nos gouvernants renforcent. Le président iranien ne manque pas en effet d’en appeler dans ses propres frontières à resserrer les rangs contre l’agression qui vient de l’occident... Néocons à la française Dans le dispositif qui se met en place au sein de l’hexagone, toutes déclarations, notamment celles des va-t-en guerres, soutiens du président et de ses ministres, prennent une importance particulière. Outre qu’elles rappellent aussi assez fidèlement la période où le champ des opérations militaires devait être l’Irak, elles donnent une indication de l’état d’avancement du processus qui mène à une agression annoncée. De toutes ces déclarations de soutien, cette dernière a le mérite de dégager assez précisément le cours nouveau pris par la politique française en soulignant la nécessité de ne « pas dépendre entièrement du bon ou du mauvais vouloir des russes ou des chinois ». Alignement, atlantisme, et Otan Bernard Kouchner, pour tenter d’atténuer ses propos, avait indiqué l’intention de la diplomatie française de travailler à la mise en place de « sanctions réalistes avec ses alliés européens », si au sein du conseil de sécurité la Chine ou la Russie bloquaient. Concrètement cela ne signifie pas moins qu’une mise au pied du mur du conseil de sécurité de l’ONU. En d’autres mots, soit la position française qui va dans le droit fil de la volonté exprimée par une partie de l’administration américaine est adoptée par le conseil de sécurité, et tout peut continuer dans le cadre existant, soit les russes ou les chinois posent leur veto, et la France fera sans eux, avec quelques alliés européens qui se rangeront sous la bannière internationale de Nicolas Sarkozy portée par Bernard Kouchner. L’intention affichée est donc le réalignement de la France comme pivot européen autour des intérêts de l’empire, au détriment des règles actuelles de fonctionnement des relations internationales. Nous retrouvons là assez précisément les tentatives qui ont présidées au déclanchement de la guerre contre l’Irak. Mais à l’époque l’administration américaine était directement à la manœuvre, menaçant de passer outre les instances de l’ONU. La différence aujourd’hui : c’est la France qui fait peser la menace en lieu et place de l’empire dominant. Cet alignement de la France sur une politique atlantiste à l’occasion de la question iranienne est d’ailleurs explicite. Dans une interview au New York Times, Nicolas Sarkozy aborde directement le sujet. Pour la première fois depuis 1966 -date qui a vu la France se retirer du commandement militaire intégré de l’OTAN- jamais un président de la république française n’avait évoqué aussi clairement les conditions d’un retour. Il fixe deux préalables : Deux préalables qui appellent au moins deux remarques : La volonté atlantiste du gouvernement français et du président s’exprime ainsi sans détour à l’occasion de l’affaire iranienne. Mais de façon plus générale aussi. A un journaliste sur le sol américain, Nicolas Sarkozy demande « qu’on arrête de présenter l’Otan comme un épouvantail » pendant que son ministre de la défense indique qu’il serait bon de « cesser de chipoter et de barguigner » avec l’alliance atlantique... Les raisons d’un alignement... De « candidat américain » comme il se baptisait lui-même, Nicolas Sarkozy est devenu sans aucun doute le président le plus américain que la France ait connu. Pour chercher à comprendre les raisons d’un tel alignement, quelques hypothèses méritent d’être posées : A bas la guerre ! Comme cela s’est révélé lors de la guerre du golfe, les préoccupations humanitaires qui mettent en avant la paix et la sécurité de la région, voire de la planète, ont leur limite. Ce sont les « choses sérieuses » qui dominent, basées sur quelques arguments sonnants et trébuchants, et non de telles considérations idéologiques. Les comptes en banques de marchands d’armes dont les lobbies sont représentés au plus haut niveau par des personnalités de premier plan, au sein de la maison blanche notamment ou dans l’entourage de notre propre « administration », comme les impératifs du système, poussent aux gigantesques dépenses d’armement qu’une guerre permettrait d’assurer. La fabrication de moyens de destruction ultra sophistiqués censés assurés une victoire à tout prix n’a de valeur que si le terrain permet à certains moments d’écouler les stocks et de faire ses preuves. La guerre ainsi s’impose comme une nécessité économique, industrielle et politique. Sur le plan politique, l’ampleur de la catastrophe aurait des retombées qui déborderaient le seul cadre géographique de cette partie de monde. L’Iran en effet n’est pas l’Irak. Dans les milieux militaires et diplomatiques, on évalue actuellement les pertes qu’un tel conflit provoquerait à plusieurs millions de morts. Une guerre avec l’Iran serait un avertissement direct adressé à la Chine et la Russie. Les promoteurs du conflit verraient aussi l’occasion, quelques années seulement après les bombardements et la destruction de l’Irak, de provoquer une démoralisation et un recul de la classe ouvrière au niveau international pour de longues années au profit de l’impérialisme et du capital... La guerre en Irak avait montré les talents de l’administration américaine pour truquer, inventer, passer outre les contrôles, recommandations, et conclusions de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. L’histoire serait appelée en Iran à se répéter. Le président de l’agence ElBaradei demande aux Etats-Unis de lui fournir les documents qu’ils affirment détenir et qui prouveraient que l’Iran est bien en passe de se doter d’un armement nucléaire. Pour le moment sans succès. Qu’importe d’ailleurs aux yeux des faucons américains ou israéliens qui considèrent qu’il « vaut mieux frapper avant la fabrication d’une seule bombe »... Dans ce contexte, tout laisse penser que l’option de la guerre annoncée au détour d’une phrase par le ministre Kouchner comme s’il s’agissait de mieux la banaliser est aujourd’hui très sérieusement envisagée. D’ailleurs, comme pour refermer l’étau, Nicolas Sarkozy à la tribune de l’ONU vient de terminer le troisième temps de sa valse. Après avoir menacé, après avoir fait monter son ministre Kouchner au créneau, le voila qui tend la main aux iraniens pour le nucléaire civile tout en se disant intransigeant sur le militaire...Une « main tendue » qui dans le contexte, en terme de diplomatie, pourrait annoncer le coup fatal. D’autant que d’autres signaux viennent de toute part : Ainsi, le constat ne souffre pas de doute. Sarkozy, Kouchner en parlant de « guerre », et Fillon, ont exprimé une volonté concertée au compte d’un calcul guerrier effectué au cœur de la maison blanche, que le président de la république s’est peut-être fait confié lors de sa récente escapade américaine par le président Bush qui le recevait. Jean Jaurès disait : « Le capitalisme porte la guerre, comme la nuée porte l’orage ». La situation qui se profile trouve-t-elle un autre sens et une autre explication ? Et n’impose-t-elle pas comme première responsabilité à tout démocrate attaché aux valeurs de dignité et d’humanité que l’affirmation dés maintenant, sans attendre, d’une opposition résolue à la guerre que l’impérialisme et ses alliés pourraient déclancher. | |
| Articles de Jacques Cotta publiés par Mondialisation.ca | |
>• Le premier à être monté en ligne sur la question iranienne est en effet le chef de l’état. Alors qu’il s’exprimait le 27 août devant un parterre d’ambassadeurs, Nicolas Sarkozy indiquait que si les iraniens ne se conformaient pas aux obligations du conseil de sécurité, rien ne permettrait d’échapper à « une alternative catastrophique, la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran ».